Confiné..., mais heureux !

Confinés, confinés, on est tous confinés chante Sandrine Sarroche avec un bel humour !

Oui, le 17 mars à 3h00 du matin, puis à 5h30, l’État français m’apprenait qu’il disposait de mon numéro de téléphone de mon sommeil, voire de ma liberté…
Et qu’accessoirement j’allais devoir me conformer - pour ne pas dire obéir – aux strictes décisions prises par le Président de la République. Dont acte !

Je n’allais tout de même pas me confiner dans le mobil-home où je passe mes saisons d’hiver depuis 14 ans (condition de vie usuelle d’un saisonnier), ni dans la caravane prévue pour ce printemps !

Et comme j’ai vendu mon appartement qui me coûtait trop cher (27m2) en janvier dernier, il ne me restait que mon habitation principale : mon chalet d’alpages…
Donc je me suis conformé aux ordres du président, et je suis un confiné heureux !

Imaginez ! Avoir la montagne pour soi tout seul ! Assister à tous les embrasements du ciel, des nuages et des sommets deux fois par jour.
Partager l’espace avec des êtres discrets, à leur place dans l’écosystème, dont les seules préoccupations sont de vivre libre loin du bruit des hommes, rechercher sa nourriture, élever ses enfants, et très bientôt, donner naissance à leurs petits frères et sœurs… !

Et puis il y a ce silence… Jamais perçu ici auparavant !
Habituellement, ce sont les allées et venues des hélicoptères portant secours aux victimes des sports d’hiver, le bruit des avions ou des voitures, et en été des motos, qui représentent les sons dominants.

Et là, plus rien… Le vide sidéral, le silence absolu.
La première journée ce sont les cloches de l’église d’en face que vous entendez pour la première fois depuis 15 ans !

Et le roucoulement du tétras lyre qui accompagne votre première sortie, quand pointe le jour sur la terrasse !
Régulièrement, je me couche sur une partie de sol déneigé du verrou glaciaire qui a permis à mon hameau de dominer le monde et son agitation, donc sur la roche mère qui me remplit d’énergie, et j’écoute ce silence…

J’en jouis, et le laisse me pénétrer, avant de retourner à mon occupation principale : chercher, couper, fendre du bois.
Car avec -10° la nuit au dehors, il faut se chauffer, oh, juste un peu, de quoi pouvoir s’asseoir et écrire, car évidemment je n’avais pas prévu un stock de bois suffisant pour être ici pendant des semaines avec des températures hivernales…

Ce matin, après une heure de chauffage, le thermomètre posé devant mon ordinateur affiche 11°2 ! Plutôt bien ! Parfois il flirte avec la barre fatidique des 10° !

Mais ce confinement, c’est surtout un autre plaisir !
Celui de vivre de manière durable, dans un monde qui ne l’est pas, et qui empêche même une part importante de ceux qui voudraient bien préserver la planète de pouvoir réaliser ce qui demeure un rêve…
Ceci en raison des modes de production d’électricité, d’alimentation, des emballages, et des énergies fossiles qu’on lui impose…

Ici, mon mode de vie est totalement durable !
Et personne ne peut m’imposer ces modes de production, puisque je suis autosuffisant ! J’attends juste avec impatience que les pissenlits fassent leur apparition à cette altitude…

Je vis en harmonie avec la nature, et grâce à elle, puisqu’elle me fournit l’eau indispensable à la vie, qui, captée par le dur labeur des anciens, parvient jusqu’au hameau.

L’ordinateur sur lequel j’écris ces lignes a 10 ans ; il est probablement le seul objet non durable qui compose ma vie de confiné, bien qu’alimenté par l’énergie solaire stockée dans deux batteries de déneigeuses que les sociétés d’exploitation des remontées mécaniques des stations de ski du coin jettent après trois ans d’utilisation…, et que nous, les non électrifiés, on récupère…

Il y a 5 ans qu’elles me fournissent en énergie, et suffisent à recharger mon téléphone portable (je n’ai pas, et ne veux d’I-phone), la radio, et à éclairer mon chalet.
Ici, la télévision, c’est ce que l’on voit depuis la terrasse…, et la lessive s’effectue dans les lessiveuses de ma grand-mère ! Ce que je prends, comme chacun de mes gestes ou tâches à effectuer ici comme un réel plaisir.

J’ai voyagé professionnellement toute ma vie, et je suis en train de vivre l’un de mes plus beaux voyages… Immobile et durable.

Pas l’un de ces voyages « durables » « vendus » par les Palmes du tourisme durable, les associations Agir pour un Tourisme Responsable, Acteurs du Tourisme durable, par Babel voyages, Tourmag, ou le site Voyageons Autrement, non !

Eux sont loin, très loin de ce que je vis ici, du durable, c'est-à-dire du soutenable pour la planète.

Ni les croisières Ponant, élevées au rang de Lauréat 2020, ni le Club Med, objet d’un récent article sur Voyageons autrement, ni aucune des nombreuses agences de voyages reprises par Voyageurs du Monde, ni aucun des membres d’ATR, ne peuvent se prévaloir du qualificatif durable.

C’est du durable marketé, labellisé à leur profit (dans tous les sens du terme), usurpé, frelaté, fait pour bobos attardés n’ayant aucune compréhension de ce qui est acceptable pour la planète…

Le vrai durable, il est dans le voyage en immersion, le déplacement lent, la rencontre - la vraie - , l’observation, la vie au rythme de l’environnement.

Il ne suffit pas de manger bio et local…, le durable est une démarche globale, tant intellectuelle que réelle.

Et si je suis heureux, c’est également parce que je suis en train de démontrer à nos gouvernants que l’on peut s’extraire du monde qu’ils jugent bon pour nous, en dépit des interdictions en tout genre : de vivre dans une roulotte ou un mobil-home, de les installer sur un terrain à soi, de produire sa propre électricité sans rien demander à EDF, de rouler avec ses huiles de friture ou produire son propre combustible…

Où est passée la liberté écrite sur le fronton des mairies ?
Aujourd’hui, on verbalise à tout va. Celui qui n’a pas rempli son attestation de sortie correctement, celui qui n’a pas effectué assez d’achats au cours de son déplacement, celui qui tape dans une balle de tennis, seul sur un court situé à 400 mètres de son lieu de confinement, ou l’accompagnateur en montagne qui voudrait profiter de ce temps libéré par force pour effectuer des reconnaissances de terrain utiles à son futur travail… dès fois qu’il se tordrait une cheville et devrait aller se faire soigner à l’hôpital !

Le maçon, lui, a le droit de continuer à utiliser des outils dangereux, et éventuellement de s’estropier à vie pour gagner sa croûte, le routier à rouler sur des routes en mauvais état…

L’accompagnateur en montagne, comme tous les saisonniers du tourisme fait pourtant partie des premières victimes occidentales du coronavirus d’un point de vue de sa survie économique.

Oui, dans mes montagnes, je suis libre, et heureux !
Mes voisins de confinement s’appellent le chamois, le lièvre variable, le blaireau, le tétras lyre, les aigles royaux, le gypaète barbu, les bergeronnettes, les geais, les cassenoix mouchetés, la marmotte sortie depuis deux jours d’un long confinement…, et le loup.

Pas le méchant loup conté aux enfants, ou décrié par la FDSEA, les éleveurs et les chasseurs, non !
Un loup solitaire, paisible, qui ne sort que la nuit à la recherche d’une proie quelconque, à sa place, là où l’Univers l’a créé dans le but de réguler les populations d’ongulés en surnombre, comme le chevreuil ou le sanglier, animaux à inclure dans l’énumération précédente.

Un loup que je pistais depuis des années, avais aperçu deux fois de manière fortuite et fugace, et que j’apprends à connaître et reconnaître grâce au temps que me donne ce confinement…

Je suis heureux, mais pas isolé du monde qui souffre.

Je pense particulièrement à tous ces nouveaux exilés que ce coronavirus est en train de produire avec le confinement de pays dans lesquels la majorité de la population cherche du travail et vit au jour le jour…

Mais nous sommes habitués à voir les gens mourir de faim, n’est-ce pas !

Selon Martin Caparros, auteur du livre « La faim », en 2015, 25.000 personnes meurent chaque jour de faim quelque part dans le monde soit 9,1 millions de décès par an dus à la faim.

Biafra (Nigeria), Bangladesh, Somalie, Soudan, et maintenant Syrie (que la crise du coronavirus abandonne à son triste sort), nous savions, nous savons, et pourtant !

À ce jour on compte 55 000 décès dus au coronavirus dans le monde et les chercheurs s’activent pour trouver un vaccin qui fera les beaux jours du laboratoire qui décrochera le pompon.

Depuis le début du confinement 450 000 personnes sont mortes de faim sur la planète…
Ces chiffres n’ont pas vocation à comparaison, juste à établir un état des lieux.

Contre la faim dans le monde, il existe de nombreux vaccins…, que l’on n’utilise toujours pas en 2020…

Ils s’appellent solidarité, répartition des profits, justes rémunérations, médecine et scolarité pour tous, accès à l’eau potable, autosuffisance alimentaire, etc.

Malheureusement, cette crise, outre le fait qu’elle occulte cela, ne permettra certainement pas d’établir dans un futur proche, un monde plus juste !

Sera-t-il plus durable ?

Puis-je vraiment être heureux dans mes montagnes ?

Jean-Pierre LAMIC

Bientôt un ouvrage à paraître pour décrire ces X jours d’un voyage immobile et durable, nommé confinement…

Nous sommes tous des visiteurs de ce temps, de ce lieu, Nous ne faisons que les traverser.
Notre but ici est d'observer, d'apprendre, de grandir D'aimer.
Après quoi nous rentrons à la maison.

Proverbe aborigène.

Copyright photo : Jean-Pierre Lamic - photo prise depuis la terrasse du chalet.

Auteur : 
Jean-Pierre LAMIC

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