Qu’est-ce qu’un voyage éco-responsable : quels sont les critères ?

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D’ordinaire, le printemps annonçait avec le retour des hirondelles, les salons en lien avec le tourisme, et depuis une quinzaine d’années, les articles relatifs au tourisme responsable !

L’un des premiers du genre est paru dans Libération le  07 Août 2008, alors que débutaient les Jeux Olympiques de Pékin… Il a servi de modèle à de nombreuses reprises ultérieures…

Chaque année, à partir des vacances scolaires de février, mon téléphone commençait à sonner.

« Je suis journaliste, je vous contacte parce que je prépare un article sur le tourisme responsable (depuis peu, le mot durable a tendance à prendre le dessus) ».

S’ensuivait l’inévitable interview (de 30 minutes à une heure en moyenne), d’où émargeaient quelques phrases, parfois sorties de leur contexte, parfois déformées, voire interprétées ; rarement replacées dans leur cadre, ni mises en perspective par rapport à des opinions divergentes, provenant le plus souvent d’acteurs considérant ce secteur comme un moyen de surfer sur une supposée tendance et d’en retirer des bénéfices…

En mars : avril dernier, alors qu’il devenait urgent de replacer ces questions en dehors du champ des intérêts particuliers, en utilisant une terminologie précise différenciant les diverses composantes du secteur, l’ensemble de cette communication s’est arrêtée, suspendue à l’issue de la crise du coronavirus…, puis elle a repris dès l’été pour annoncer un après Covid plus responsable !,

Or c’est tout l’inverse qui semble être en passe de se produire.

Il n’a jamais été plus urgent d’expliquer ce que contiennent ces notions génériques : tourisme responsable ou tourisme durable, étant donné que parmi les premières victimes de cette crise liée au coronavirus figurent les artisans du voyage engagés dans une démarche éco-responsable.

En conséquence, si l’on ne veut pas laisser définitivement ce secteur aux acteurs d’un greenwashing (verdissement de l’offre), très bien organisés, et nettement plus résilients de par leurs capacités financières, il devient impératif d’aider les véritables acteurs du tourisme responsable qui auront survécu...

Qu’est-ce qu’un voyage éco-responsable

Le préfixe éco du Grec « maison », convient particulièrement bien à la double notion de maison (la planète : terre d’accueil pour les humains et la faune), et de maison (le foyer : lieu de prédilection de la confraternité et de la vie sociale).

Cette racine éco se différenciant totalement de celle contenue dans le mot économique.

Le voyage éco-responsable® pourrait se déterminer comme suit :

« Un tourisme responsable, au niveau social comme au niveau environnemental, viable économiquement tant pour les émetteurs que pour les accueillants mais dont la finalité n’est pas la production ou surproduction de richesses au seul bénéfice des intervenants du Nord ».

Cette définition provient de l’ouvrage « Tourisme durable, utopie ou réalité ? » Éditions L’Harmattan, avril 2008.

En son sein figurent cinq catégories:

1.   l’écotourisme qui concerne principalement des zones protégées, ou fragiles.

2.   le tourisme d’aventure, de nature, de découverte, de rencontres et cultures, les séjours actifs, qui se doivent d’appréhender l’ensemble de leurs impacts sur  les régions et populations d’accueils.

(Très peu d’opérateurs de voyages proposant ce type de séjours analysent les effets environnementaux et sociaux des voyages qu’ils proposent, notamment sur le long terme).

3.   le tourisme équitable orienté vers des échanges et des partenariats avec des communautés au bénéfice de ces dernières.

4.   le tourisme solidaire dont la spécificité est la mise en œuvre de microprojets à vocation humanitaire ou d’aide au développement raisonnée, réalisée après évaluation objective des besoins ou des manques. Généralement, un opérateur de voyages verse un pourcentage de son chiffre d’affaire à une ONG conduisant des actions d’aide au développement, parfois décidées conjointement.

5.  le voyage participatif ou l'écovolontariat qui a pour vocation la participation active de volontaires ou écovolontaires à des tâches liées à la sauvegarde ou au soin d'espèces en danger, voire à aider des populations locales à réaliser certaines tâches, comme dans le cas du WWOOFing.

Ces catégories ne s’opposent pas entre elles, mais se complètent, bien que de nombreux textes écrits sur ce sujet ne voient en elles que des terminologies différentes pour des pratiques plus ou moins similaires… Or, il n’en est rien.

Ainsi l’écotouriste des régions désertiques peut il compléter son voyage en participant à un projet de tourisme solidaire, ou par un séjour équitable.  Tout voyagiste d’aventure, de rencontres et de cultures dispose de la possibilité de participer à l’un d’entre eux de manière ponctuelle, au côté d’associations ou de partenaires spécialisés dans ces domaines.

Ce qui compte est la transparence, la clarté des objectifs affichés, et de ne pas tricher sur les bénéfices apportés aux communautés locales, mais également de ne pas mélanger les genres :  

Un voyagistes généraliste ou d’aventure ne devrait pas pouvoir s’affubler du vocable « solidaire » « équitable », « responsable » ou « durable » comme cela se produit fréquemment, sans que des actions concrètes de limitation d’émissions de CO2, ou des réalisations d’ordre social ne soient pensées dès la conception de leurs séjours...

« Quant au tourisme durable, il constitue plutôt une finalité quasi inatteignable en l’état actuel des choses et une « utopie » à réaliser dans un futur le plus proche possible »… (Affirmation contenue dans la conclusion de mon premier ouvrage, et toujours plus d’actualité treize années plus tard !).

Le terme voyage éco-responsable® a été défini pour la première fois dans « Tourisme durable, utopie ou réalité ? »  Éditions L’Harmattan, avril 2008, page 190.

Il est protégé et déposé à l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) depuis 2007, date de création de l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables (V.V.E)

Pourtant, comme pour l’ensemble des termes figurant dans ces diverses définitions, la terminologie « Voyages écoresponsables » est aujourd’hui utilisée par nombreux acteurs adeptes du greenwashing qui ne pourraient en aucun cas prétendre à adhérer à V.V.E, l’unique réseau à opérer une sélection effective parmi les demandes d’adhésion qui lui parviennent…

Celle-ci s’effectue à partir des critères établis dans la Charte des voyagistes éco-responsables©

Ainsi, un voyage éco-responsable® est un voyage produit par le voyagiste qui le commercialise, issu de son savoir-faire, parfois co-construit avec un partenaire local, et soumis aux 10 points de la charte des voyagistes éco-responsables®.

Les voici :

  1. Une totale transparence du prix du voyage, assortie du pourcentage réel du prix revenant aux intervenants de terrain, qu’ils proviennent du Nord ou du Sud.
  2. Une information préalable objective déconnectée des effets de mode et des clichés et la non-utilisation des terminologies dithyrambiques dans les descriptifs.
  3. Une indication concernant la conception du voyage et de l’itinéraire. À savoir à qui appartient la « propriété intellectuelle » de l’itinéraire. Est-il sous-traité ? Et si oui à quel (s) partenaire (s) ?
  4. Une indication relative à la taille du réceptif local ou du sous-traitant éventuel, la mention des qualités et diplômes des intervenants, notamment des guides et accompagnateurs, et de l’ensemble des partenaires locaux. Le voyagiste connaît il personnellement le guide qui accompagne ses circuits ? S’agit-il d’un guide local, d’un accompagnateur français ou de l’association des deux savoir-faire ?
  5. Une prise en compte de la capacité de charge (ou d’accueil) du territoire utilisé et l’indication claire de son mode de détermination.
  6. La prise en compte du facteur temps :
    - En allouant au voyage un rythme raisonnable et soutenable pour les visites prévues (mention de la durée de ces dernières), et en s’approchant le plus possible de la notion de slow-travel.
    - En intégrant le fait que les rencontres et imprévus font intégralement partie du programme et doivent se dérouler en conformité avec des objectifs d’échanges interculturels équilibrés dans un espace temps suffisant.
    - En bannissant l’inclination tendancielle qui consiste à vouloir tout montrer en un seul voyage, et à élaborer des programmes plus denses que la concurrence à des fins de récupération mercantile.
  7. Une information complète, objective, et vérifiable sur les retombées sociales et économiques des contrées visitées pensées en tant que territoires. La première d’entre elles étant le pourcentage de la part de l’alimentation et des services offerts aux clients provenant du pays ou de la contrée visité (e).
  8. Une présentation des actions solidaires (éventuelles) dans leur contexte, notamment en fonction des priorités établies pour les régions concernées et de leurs retombées sur le long terme.
  9. Le double engagement de la juste rémunération de l’ensemble des intervenants et de la non-utilisation de stagiaires à des postes requérant du personnel qualifié.
  10. La réflexion menée par l’organisme de voyages sur la compensation éventuelle ou leur limitation (plus important) des émissions de C02 générées par les déplacements de ses clients et employés, et toute forme de « pollution » induite par son activité, y compris les effets socioculturels indésirables.

Ces 10 points suffisent à éclairer le néophyte aussi bien que le spécialiste sur la qualité du voyage proposé et de la réflexion globale menée lors de sa conception.

Cette charte a été de nouveau publiée dans « Tourisme durable – de l’utopie à la réalité », éditions Kalo Taxidi, 2019.

Les dérives du secteur du tourisme responsable ou durable

Malheureusement, des acteurs toujours plus nombreux, souvent unis au sein d’un même microcosme, ont choisi la labellisation, ou plutôt l'auto labellisation, plutôt que de s'astreindre à respecter de véritables engagements.

Labellisation qui s’apparente à une forme de duperie par le truchement de divers procédés :

  • Rédaction de critères non contraignants, facilement atteignables, et souvent proches de l’existant.
  • Validation desdits critères par un organisme privé, pour qui cette labellisation représente un marché, ou par des acteurs directement impliqués dans la démarche.
  • Tromperies volontaire avec l’utilisation du terme « label » pour ce qui ne s’apparente qu’à une simple certification (critères établis par les protagonistes), voire à une charte (pas d’organisme extérieur de certification).
  • Large utilisation de la compensation carbone et de la reforestation comme argument marketing.

Ces procédés ont pour vocation principale celle de détourner les publics sensibilisés à ces questions vers ces séjours « labellisés », et de les éloigner des offres réellement éco-responsables...

Pour mieux comprendre, cela consiste à faire croire que les pommes estampillées bio et emballées dans du plastique, dont la provenance est inconnue, sont plus « saines » que les pommes non traitées cueillies sur l’arbre du verger voisin

L’enjeu pour ces organismes recherchant la labellisation étant de verdir leur offre sans changer quoi que ce soit à leur mode de production s’apparentant à la macroéconomie, tandis que l’opérateur éco-responsable, lui, s’inscrit généralement dans un système microéconomique aux retombées locales directes.

Notons que ces démarches engendrent une forme de concurrence déloyale, entre ceux qui ont les possibilités financières de s’offrir un label et les autres…

Cependant le public recherchant ce type d’offres aurait les moyens de ne pas se laisser tromper en observant les différents maillons de la chaîne constituant le voyage ou le séjour, la périodicité des départs, ou la durée des visites prévues !

Comment peut-on apparenter au « tourisme responsable », voire « durable », des séjours en huit jours (six sur place), utilisant l’avion, et des transports polluants tels que les traversées en ferries ou hovercrafts ?, avec des départs programmés chaque semaine, et pour des groupes allant jusqu’à 15 participants, ce qui constitue pourtant l’offre la plus commune des opérateurs se référant à ces notions…

Un voyage éco-responsable, ou "durable" ne sera jamais programmé chaque semaine, un petit groupe est généralement composé de moins de huit personnes, et la durée d’un voyage utilisant l’aérien, ne pourra pas être de huit jours…

En outre, sa finalité ne doit pas être d’ordre marketing…, mais de présenter des solutions quantifiables pour un voyage apportant des bénéfices tant au voyageur qu’aux territoires et aux visités concernés…

#TourismeDurable- #Greenwashing

Auteur : 
Jean-Pierre LAMIC

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