Parcs naturels et parcs nationaux : l’exception qui confirme la règle

Parcs naturels et parcs nationaux : l’exception qui confirme la règle

Comme nous l’avons déjà écrit, la France dispose d’un mode de gouvernance obsolète pour développer un tourisme durable qui serait piloté depuis le gouvernement ou les Régions telles qu’elles existent actuellement. Ceci eu égard à un découpage administratif inapproprié, à l’émiettement des compétences, aux absences d’un ministère aux valeurs affirmées, et de la fédération (ou planification) des diverses actions liées à l’aménagement du territoire.

Comme le résume très bien Jean-Claude Mairal, homme politique de l’Allier : « Les politiques publiques deviennent de plus en plus catégorielles mais sans cohérence et sans liens affirmés avec l'intérêt général et national ».

Heureusement, il existe deux exceptions qui confirment la règle : les Parcs nationaux et les Parcs naturel régionaux.

 

Même si notre pays était très en retard sur ses voisins, avec la création du premier parc national en 1963 (La Vanoise), il en existe aujourd’hui vingt-deux.

En Espagne, ils sont au nombre de quinze (1er parc créé en 1918), en Italie de vingt-cinq (1er établi en 1922), en Allemagne de seize (1er parc en 1970), tandis qu’en Suisse, le premier parc fut créé en 1914 !

Concernant les Parcs naturels régionaux, leur instauration en France a été définie par un décret signé par le Général de Gaulle le 1er mars 1967. On en compte 56 à ce jour.

Son article 1er indique « qu'un territoire peut être classé en "Parc naturel régional" lorsqu'il présente un intérêt particulier, par la qualité de son patrimoine naturel et culturel, pour la détente et le repos des hommes et le tourisme et qu'il importe de le protéger ».

Les Parcs Naturels Régionaux

En France, un Parc Naturel Régional (PNR) est un territoire ayant choisi volontairement un mode de développement basé sur la mise en valeur et la protection de patrimoines naturels et culturels considérés comme riches et fragiles. En 2020, ils couvrent 15,5 % de la superficie de la France et concernent environ 6 % de la population.

« À la différence d'un parc national, d'une réserve naturelle ou d'un site classé, un PNR ne dispose d'aucun pouvoir réglementaire. Il est impossible pour un PNR d'interdire quoi que ce soit, ni la construction, ni la chasse, ni l'usage des sols » (Wikipedia).

Gouvernance : un mode bien spécifique

Ils sont gérés par des syndicats mixtes qui regroupent des structures publiques : communes, départements, ou autres, qui peuvent être associées dans certains cas à des partenaires privés.

Le syndicat mixte a été défini par le décret-loi du 30 octobre 1935.

En effet, les Parcs naturels peuvent être situés sur un seul département ou se développer sur d’autres, parfois même plusieurs régions peuvent être concernées, d’où le besoin d’une gouvernance appropriée, différente de la norme ailleurs (heureusement).

Et comme si cela devait être dû au hasard, cette gouvernance remontant du terrain vers une entité régionale fonctionne bien !

Par conséquent, l’intérêt premier des Parcs naturels est constitué par le fait que ce sont souvent des acteurs de terrain qui se trouvent à l'initiative des projets : associations, élus, habitants partageant la volonté de préserver les atouts de leur territoire et lui apporter une dynamique.

Ce qui devrait être le cas de toute action se voulant véritablement durable. Notons au passage que qualifier de « durable » une action non reliée à un territoire constitue un non-sens, pourtant utilisé par beaucoup d’entrepreneurs ou gérants d’associations…

Élaboration de la charte et mise en œuvre du projet

Un Parc naturel ne peut contraindre une commune à l’intégrer, comme il ne peut formuler aucune interdiction.

Sur présentation du projet, le Conseil Régional doit approuver le principe, le périmètre d'étude et engager le travail d'élaboration de la charte en lien avec tous les partenaires concernés.

La ou les Région(s) concernée(s), après approbation établit la charte.

La charte d'un Parc naturel régional constitue le contrat qui concrétise le projet de protection et de développement durable élaboré pour son territoire.

Après avoir été soumise à enquête publique, elle est approuvée par les communes constituant le territoire du Parc, la (ou les) Région(s) et Départements concernés, les partenaires socioprofessionnels et associatifs.

Quels sont les critères retenus pour valider le classement ?

  • Le caractère remarquable du patrimoine pour la région concernée,
  • Les éléments de patrimoine présentant un intérêt reconnu au niveau national et/ou international,
  • Le périmètre cohérent et pertinent par rapport au patrimoine, à l’identité du territoire.
  • Elle fixe les objectifs à atteindre, les orientations de protection, de mise en valeur et de développement du Parc, ainsi que les mesures qui lui permettent de les mettre en œuvre.

La marque Valeurs Parc

Valeurs Parc est une marque collective au réseau des Parcs qui propose des produits et services issus des territoires. Elle engage les professionnels dans des démarches de développement durable et constitue un repère d’achat pour les consommateurs.

Quels sont les critères pour obtenir le label Valeurs parc ?

Ci-dessous, voici les critères présentés sur le site des Parcs naturels de France :

  • La préservation et la valorisation des patrimoines culturels et naturels : Valeurs Parc contribue à la protection de l’environnement, à la transition écologique et énergétique, au maintien de la biodiversité et valorise les patrimoines culturels locaux au travers l’histoire, le bâti, les savoir-faire ;
  • Le développement maitrisé des territoires : Valeurs Parc participe à un développement harmonieux et solidaire nourrit par des actions collectives pour un mode de consommation responsable tourné vers le plaisir et le bien-être ; 
  • La valorisation des ressources propres à chaque territoire : Valeurs Parc s’appuie sur les ressources naturelles et culturelles régionales notamment par le choix des matières premières et de processus de fabrication pour contribuer à l’essor d’une économie locale.

https://youtu.be/wr2QCfFA8GQ

 

Un repère d’achat pour les consommateurs

« En choisissant la marque Valeurs Parc, le consommateur fait le choix de soutenir une activité économique locale respectueuse de son environnement et des hommes et des femmes qui y vivent ».

En effet, le consommateur a besoin de repères, mais surtout d’un « label » assurant de réels engagements, avec des critères contraignants, ce qui n’est pas, malheureusement, la norme en France.

Et, comme nous l’affirmons régulièrement, mieux vaut de véritables engagements à respecter une charte établie en vertu d’un cahier des charges strict, comme c’est le cas pour les Parcs naturels régionaux, qu’un faux label « commercial » dont le but premier est d’écarter la concurrence, même si celle-ci est plus respectueuse de l’environnement naturel et humain !

Les produits et services commercialisés sous l’appellation Valeurs Parc s’inscrivent dans une démarche de transition écologique et énergétique où les productions sont réfléchies pour réduire leurs impacts.

Tout l’enjeu en matière de tourisme durable étant de convertir le visiteur venu « consommer » un produit ou un séjour, en un consom’acteur.

De ce fait, celui-ci participe à la sauvegarde des patrimoines, soutient les savoir-faire locaux et l’artisanat des acteurs qui font vivre le territoire.

 

Une plus-value pour les entreprises marquées

La marque Valeurs Parc est le signe de l’engagement sincère des professionnelles envers leur territoire, ses habitants et son histoire.

Son obtention permet de valoriser les propres engagements des entreprises concernées, dont certaines peuvent opérer, par ailleurs, au-delà du périmètre du Parc naturel avec lequel elles ont obtenu cette distinction.

Dans ce cas, il est évidemment important que cette entreprise s’astreigne à respecter les mêmes critères, même si cet engagement est purement volontaire, du fait que les actions ne sont plus engagées dans le cadre d’une charte.

C’est le cas du voyagiste Languedoc Nature, qui, dès lors qu’il opère en dehors du périmètre d’un parc naturel ou d’un Parc national s’est volontairement engagé à respecter les critères définis par l’Association des Voyageurs et voyagistes Écoresponsables.

L’exemple de Languedoc Nature

Depuis 2014, Languedoc Nature dispose de l'agrément du volet 3 de la Charte Européenne du Tourisme Durable (CETD) dans les espaces protégés.

Cet agrément est venu récompenser son implication dans le tourisme de pleine nature et son engagement dans le tourisme responsable au sein des Parcs Naturels Régionaux et du Parc National des Cévennes, en Languedoc Roussillon et au sud du Massif Central.

Pour en savoir plus à propos de la mise en œuvre de la Charte Européenne du Tourisme Durable, cliquez sur le lien ci-après : volet 3 CETD.

 

La Charte européenne du tourisme durable, qu’est-ce donc ?

Il s’agit d’une charte en dix principes, créée par Europarc, la Fédération des espaces protégés européens, signée par plus de 130 espaces protégés, dont 26 en France, qui a pour vocation de développer dans les espaces protégés un tourisme de qualité dans le respect de l’homme et de son environnement.

Être certifié au titre de la Charte européenne du tourisme durable est une reconnaissance d’un véritable engagement dans le tourisme durable, et une attestation de la confiance que portent les Parcs naturels ou nationaux aux entreprises agréées.

C’est ainsi, que dans ce cadre, Languedoc Nature a créé des séjours, en partenariat avec les Parcs naturels.

Voici comment Languedoc Nature explique les 10 principes qui guident son partenariat avec ceux-ci :

1 - Impliquer toutes les personnes participant à la gestion et au développement touristique dans et autour de l’espace protégé

2 - Élaborer et mettre en œuvre une politique de tourisme durable et un plan d’action pour l’espace protégé

3 - Mettre en valeur l’héritage naturel et culturel de l’espace protégé, pour et par le tourisme, l’empêcher d’être soumis à un développement touristique abusif 

4 - Proposer aux visiteurs une expérience de grande qualité pour tous les aspects de leur visite

5 - Accroître les bénéfices du tourisme pour l’économie locale

6 - Promouvoir les produits touristiques spécifiques permettant la découverte et la compréhension des territoires concernés

7 - Diffuser la connaissance de l’espace protégé et les questions de viabilité au sein des entités concernées par le tourisme

8 - Veiller à ce que le tourisme soutienne, au lieu de diminuer, la qualité de vie des habitants locaux (apport d’aménités, et non l’inverse)

9 - Communiquer de manière effective auprès des visiteurs, des entreprises touristiques et des résidents, au sujet des qualités particulières de leur territoire

10 – Agir sur la gestion des flux de visiteurs afin de réduire les impacts négatifs

Depuis le 16 Avril 2014, Languedoc Nature a obtenu l’agrément du volet 3 de la Charte Européenne du Tourisme Durable et fait partie des 7 premiers organisateurs de voyages à avoir été distingués pour leur implication dans la promotion du tourisme responsable au sein des espaces protégés en France (Parc Naturels Régionaux et Parcs Nationaux réunis).

Cet agrément a été délivré après une phase d'identification & diagnostic de l'opérateur de voyages qui s'engage dans une démarche de progrès auprès du gestionnaire d'espace protégé référent.

C’est avec le soutien du Parc Naturel Régional des Grands Causses que Languedoc Nature a présenté sa candidature.

A ce jour, 19 séjours ont été co-construits avec ces entités (ou évalués dans ce cadre).

Ils présentent la mention « en partenariat avec » le PNR des Grands Causses (3), le PNR du Haut Languedoc (7), le PNR des Monts d'Ardèche (6) et le Parc National des Cévennes (3).

Cet agrément a été renouvelé en Juin 2018 et ce, pour une durée de 3 ans. Il engage Languedoc Nature dans une démarche de progrès à travers une collaboration active avec les chargés tourisme des espaces protégés.

Un rapport annuel sera établi pour faire état de l'avancement de cette démarche de progrès.

Voici, donc comment, en dehors de toute forme de greenwashing des opérateurs s’engagent de manière vérifiable et sincère pour un tourisme durable se déroulant intégralement ou pour partie au sein d’espaces naturels protégés.

 

La Marque Esprit Parc

Pour les Parcs naturels régionaux, cette démarche de qualité s’opère, comme nous l’avons vu, sous l’égide de la dénomination commerciale Valeurs parc, tandis qu’au sein d’un Parc national elle sera régie par la marque Esprit Parc.

Là encore, un cahier des charges strict est établi et l’opérateur s’engage à s’y conformer.

En outre, le Parc national concerné effectue une véritable évaluation de terrain in-situ après la co-construction du séjour concerné, pour la mise en œuvre de toute autre production, ou la demande de classement d’un hébergement.

L’intégralité du séjour ne se déroule pas obligatoirement dans le strict périmètre du Parc.

Cependant, les territoires concernés doivent présenter une réelle valeur patrimoniale, tant naturelle qu’humaine, tandis que les hébergements et produits consommés doivent répondre aux critères établis par la Charte Esprit Parc.

 

Un tel séjour existe notamment chez Vanoise écotourisme, labellisé Esprit parc, alors que deux journées complètes s’effectuent au sein de l’ex zone périphérique du Parc national de la Vanoise, sur une commune n’ayant pas adhéré à la Charte du Parc national.

Cette pétition rappelle ce triste épisode.

Conclusion

Le tourisme durable existe bien en France. Il est obligatoirement lié à un ou des territoire (s). Le mode de gouvernance ­ régit par un décret de 1935 – utilisé par les Parcs naturels régionaux est celui qui montre l’exemple de ce qui devrait être mis en place ailleurs, notamment sur l’ensemble des territoires fragiles, et en premier lieu dans nos montagnes.

Il est l’œuvre d’acteurs de terrain des territoires concernés, encadrés et orientés dans le cadre des démarches mises en place par les Parcs naturels ou nationaux, et peut exister au-delà de ces périmètres pour peu que les opérateurs et producteurs s’engagent à respecter des critères stricts vérifiables et quantifiables.

Et attention aux faux labels qui détournent les consommateurs vers des offres purement commerciales. Mieux vaut une charte qui engage qu’un « label » aux critères vagues et non vérifiables par le grand public.

Copyright photos : Jean-Pierre Lamic

Copyright photo aigle royal : LPO

≠ActeursTourismeDurable - ≠PartezEnFrance - ≠SejoursNature - ≠SejoursFamilles - ≠TourismeDurable

 

 

Auteur : 
Jean-Pierre LAMIC

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