Volontourisme : comment savoir différencier les amalgames, les projets éthiques et les arnaques ?

Depuis quelques mois, les articles sur le volontourisme déferlent sur la toile et dans la presse.

Or, comme souvent, certains engendrent des amalgames, généralisent à partir de cas particuliers, voire mettent en cause des organismes en les associant à une démarche dont ils ne sont pas acteurs…

En outre, en ces temps de crise, est-ce le bon moment de discréditer un secteur dans son ensemble, mettant ainsi en jeu la survie d’organismes déjà fortement impactés par les nombreuses restrictions de déplacements en vigueur sur une partie de la planète ?

 

De quoi parle-t-on ?

Selon Wikipedia : « Le volontourisme s'apparente à des vacances utiles où chaque client peut s'engager sur un projet solidaire dans un pays en développement ».

Il s’agit d'un terme anglo-saxon provenant de la contraction de volunteer et tourism, qui désigne le fait de partir en voyage en vue d’aider une mission humanitaire. Il s’agit souvent de mener à bien des projets visant à soutenir des populations locales défavorisées, comme par exemple, l’alphabétisation de jeunes enfants ou la création d’une école ; ils sont toujours en lien avec l’humain et très souvent l’enfance.

Wikipedia nous dit que ce terme possède une connotation négative, du fait que plusieurs ouvrages en ont dénoncé les abus.

Il convient donc de distinguer clairement le volontourisme d’autres formes de volontariat, comme l’écovolontariat, orienté vers la protection d’espèces animales en voie de disparition, voire d’extinction.

Ce dernier n’étant pas épargné par des pratiques abusives d’opérateurs non scrupuleux qui éclaboussent également les ONG les plus vertueuses, toujours par manque de discernement d’articles rédigés par des personnes très éloignées du terrain

 

 

Les amalgames :

Un parfait exemple d’amalgames a été publié par Lepetitjournal.com, quotidien dédié à la communauté des Français expatriés et des francophones.

Voici sa définition du volontourisme dans un article paru le 08 décembre 2020  : « Contraction des mots « volontariat » et « tourisme », le volontourisme désigne les séjours de volontariat à l’étranger, organisés par des organismes souvent peu scrupuleux, qui font payer très cher les volontaires - souvent jeunes - et mettent parfois en danger les populations locales »…

Présentation assez différente d’une définition objective telle que celle que nous suggérions ci-dessus…

Le ton de l’article est donc donné dès l’entame…

Et très vite, il nous apporte la solution « La députée de la 11e circonscription des Français de l’étranger, Anne Genetet, suite à un long travail de concertation avec les acteurs du tourisme et du volontariat, notamment avec la plateforme France Volontaires, a déposé une proposition de loi visant à réglementer le volontourisme ».

Si vous n’avez pas encore effectué le rapprochement, il s’agit donc d’un quotidien dédié à la communauté des Français expatriés et des francophones présentant un projet de loi émanant d’une députée représentant ce même public particulier.

 

Photo ci contre,: le Salon International de l'écotourisme du voyage solidaire et participatif durant lequel se sont tenues les premières rencontres internationales de l'écovolontariat...

 

Une concertation inexistante

Ce journal affirme : « Suite à un long travail de concertation avec les acteurs du tourisme et du volontariat, notamment avec la plateforme France Volontaires… ».

Or, de concertation, il n’y a pas eu, si ce n’est entre l’association ci-dessus citée et l’ATES (Association pour le Tourisme Équitable et Solidaire), toutes deux en lien étroit avec les pouvoirs publics, la première étant liée au Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, la seconde à l’antenne consacrée à la coopération décentralisée.

Je pense être assez bien placé pour pouvoir l’affirmer, puisque je suis auteur de divers ouvrages sur la thématique du tourisme responsable, et organisateur de trois événements d’envergure nationale, dont le Salon de l’écotourisme du voyage solidaire et participatif (Grenoble 2018), qui a abrité les premières rencontres internationales de l’écovolontariat.

Lors de cet événement une large concertation participative regroupant huit associations de divers pays a mené à l’élaboration de la Charte de l’écovolontaire…, qui faisait suite à la création de la Charte éthique de l’écovolontariat.

Alors exclure de fait les acteurs présents ce jour-là, initiateurs de ces beaux exemples de démocratie participative, d’une soi-disant concertation à propos du volontariat, ne peut être qu’un choix délibéré et volontaire…
Notons en outre que l’ATES y a été invitée, sans daigner même répondre à notre invitation.

Pourtant, quatre de ses membres y ont participé…

Les objectifs de la proposition de loi déposé par la Députée Anne Genetet

Dans une publication Madame la députée présente les objectifs de son texte, avec lesquels nous ne pouvons qu’être d’accord, mais… :

« Protéger les personnes en recherche d’engagement, jeunes ou moins jeunes, contre le marketing trompeur de certaines agences de voyage, dans le but d’abuser de leur bonne volonté pour leur vendre des séjours touristiques hors de prix

Protéger nos associations, dont la plupart emploient le volontariat de manière utile et totalement légitime, contre la mauvaise image qui peut leur être donnée par certaines pratiques peu scrupuleuses

Protéger le secteur touristique, et plus particulièrement le tourisme éthique et solidaire, contre la concurrence déloyale dont ils peuvent être victimes de la part d’acteurs qui jouent volontairement de ce flou sémantique entre volontariat et tourisme.

Les populations locales des pays où sont envoyés ces volontouristes, victimes d’une déstructuration de leur marché du travail, voire d’atteintes graves assimilables à de la traite d’êtres humains, telles que le déplacement d’enfants ayant toujours des parents dans de faux orphelinats, ou encore la traite à des fins de tourisme sexuel ».

 

Mais il doit bien y avoir des objectifs non avoués… 

Si le titre de la proposition de loi est : « Proposition de loi nº 3670 relative à la lutte contre certaines dérives liées au volontourisme », celui de la publication est : « Ma proposition de loi pour lutter contre le volontourisme ».

Avouez qu’il ne s’agit pas du même objectif !

Lapsus révélateur ?

Les 5 articles prévus par la loi

Si les trois premiers articles de ce texte de loi semblent correspondre aux objectifs affichés ci-dessus, les quatrième et cinquième semblent être d’une tout autre nature !

L’article 5 donne à France Volontaires, opérateur du Ministère de l’Europe et des affaires étrangères, sa légitimité pour représenter la France auprès des acteurs français et internationaux dans l’élaboration, la diffusion et la promotion de standards internationaux en matière de volontariat. France Volontaires effectuait déjà cette mission, mais cela n’était jusqu’alors pas reconnu dans la loi.

 

France volontaires

Le « Qui sommes -nous » du site indique : « France Volontaires apporte son appui à l’information et à l’orientation des personnes souhaitant s’engager. Experte en volontariat, elle contribue à la mobilisation des pouvoirs publics, collectivités territoriales et associations ; la plateforme assure en cela une mission de prospective et un rôle d’observatoire ».

Et dans l’onglet, trouver ma mission, figure comme organisme d’accueil… France volontaires, parmi une longue liste d’ONG dont sont exclus des organismes dont l’éthique est avérée…, notamment ceux à l’origine des deux chartes mentionnées précédemment…

Si l’on interprète correctement cet article, il revient tout simplement à permettre à France Volontaires d’exclure des secteurs du volontariat et de l’écovolontariat les organismes ne figurant pas dans cet onglet…, ils sont nombreux…

 

Concurrence déloyale ?

Or, voici une partie du texte de l’article 4.

« L’article 4 vise à clarifier la définition du séjour touristique et à lutter contre la concurrence déloyale d’organismes tentant de faire passer des séjours touristiques pour des missions de volontariat »…

Ah, et comment ?

Selon quels critères autres que ceux qui figurent dans ce projet : la non obtention d’une licence de voyage et d’une assurance en responsabilité professionnelle ?

D’autant que faire la différence entre « tourisme » et « volontariat » se complique par le fait que le texte indique comme prérequis l’enregistrement auprès d’Atout France en tant qu’agence de voyage…

Notons en outre, que le sigle de l’ATES, associée semble-t-il à cette démarche, signifie Association de Tourisme…, qu’elle est une émanation de l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme)…

 

Enfin, la dernière phrase de l’article 4 pose véritablement question :

Il s’agit de s’opposer à « l’offre d’avantages comparatifs indus tels que la défiscalisation d’une partie des séjours touristiques au titre du don à une association ».

Si l’on comprend bien :

France Volontaires sera l’unique interlocuteur, aura donc pouvoir de décider qui fait du tourisme et qui réalise des missions de volontariat (selon quels critères ?), ce qui devrait permettre d’empêcher certaines associations d’offrir à leurs volontaires la défiscalisation d’une partie des frais de leurs missions… ».

Et, par conséquent, d’en éliminer une certaine quantité du secteur du volontariat par manque de financements !

Au bénéfice de qui ? semble être la question à se poser…

 

Empêcher les missions de volontariat dans les orphelinats - Copyrigh photo ci-dessus : Freepackers

Notons en outre, que le principal abus dénoncé en matière de volontariat est celui lié aux faux orphelinats.

L’article 2 vise notamment à interdire aux entreprises de tourisme basées en France l’organisation de séjours dans de faux orphelinats.

Très bien ! Mais comment ? Qui va opérer un tel travail ?

Comment va-t-on déterminer si un quelconque orphelinat est un vrai ou un faux quand il se situe à l’autre bout de la planète ?

Nous aimerions le savoir !

Un opérateur éthique, nous le dit ci-dessous, et il ne s’agit pas d’empêcher « l’organisation de séjours dans de faux orphelinats », comme le mentionne le projet de loi, mais plus simplement, comme celui-ci se l’applique à lui-même : empêcher l’organisation de séjours dans tout orphelinat !

Seul véritable moyen de régler le problème des faux orphelinats qui empoisonne le secteur du volontourisme !

Pourquoi Madame la députée n’a-t-elle pas retenu cette solution ?

 

Comment repérer un opérateur malhonnête ?

Freepackers, membre de l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables, et signataire des Chartes de l’écovolontariat et de l’écovolontaire nous l’enseigne !

 

Les signes alarmants d’une ONG ou d'un projet malhonnête :

- Ils autorisent des visites touristiques régulières

- Ils ne demandent pas de CV, de références ou de casier judiciaire à leurs volontaires. Les enfants sont des cibles vulnérables, la sécurité doit être maximale au niveau du recrutement des volontaires.

- Manque de transparence au niveau des tarifs et des résultats. Si l’ONG n’est pas en mesure de vous dire quelle proportion de votre contribution est utilisée en donation au projet de volontariat, c’est mauvais signe…

- L’organisme accepte des volontaires pour des missions de quelques jours – c’est totalement inefficace. Il faut s’engager sur minimum 2 semaines pour être vraiment utile sur un projet volontariat.

 

 

Comment ce projet de loi peut-il nuire à une grande partie des missions éthiques proposées ?

Cybelle Planète, membre de l’Association des Voyageurs et Voyagistes Éco-responsables, et à l’initiative des Chartes de l’écovolontariat nous dit :

« Cette réforme va dans le bon sens et Cybelle Planète se réjouit de ces prises de conscience. Mais elle alerte aussi contre le risque d’amalgames non-souhaitables.

Ce projet s’adresse au volontourisme humanitaire mais pourrait avoir des effets collatéraux sur l’ensemble des structures de volontariat, même les plus éthiques.

Tous les acteurs ne sont pas à mettre dans le même panier.

Certaines associations font un travail remarquable, vraiment utile pour les populations et la biodiversité locales.

Leur travail n’est pas à associer à un tourisme “lucratif”, même si elles ne bénéficient pas de subventions leur permettant de prendre en charge la participation de leurs volontaires.

Bien au contraire, la contribution financière des volontaires sous forme d’un don déductible d’impôts est un modèle économique durable à la fois pour le secteur du volontariat et pour l'État, sachant que ce don est reversé en grande partie au projet d’accueil.

L’éthique n’est pas l'apanage des structures d’État comme France Volontaires.

Cybelle Planète n’a pas à rougir de ses engagements éthiques et professionnels envers l’écovolontariat ».

 

 

Et pour conclure, voyez dans cet article, les ravages qu’ont pu opérer cette communication dans laquelle règne tant d’amalgames….

N’omettez pas de lire les commentaires en bas de page.

Merci à Lauren de les avoir publiés et de m’avoir répondu (c’est si rare…), en dépit des propos tenus en lien avec l’exaspération suscitée par la mise en cause induite et ressentie par le lecteur d’une des personnes les plus engagées du secteur de l’écovolontariat, et pas du volontariat…

Vous retrouverez bientôt son portrait sur le Média du voyage durable.

Il ne reste plus qu’à écrire Madame Genetet. Je  ne manquerai pas de tenir mes lecteurs informés en cas de réponse…, c’est si rare…

Quant aux 577 députés qui auront à se prononcer sur ce texte, combien parmi eux seront présents le jour du vote ?, et parmi ceux-ci combien seront en capacité d’appréhender les questions complexes soulevées par cet article ?

 

Copyright photos : Katamkera - Jean-Pierre Lamic - TransHumans - Mahay Expédition - Freeepackers - Cybelle Planète

≠Volontourisme - ≠FauxOrphelinats - ≠AnneGenetet -≠Ecovolontariat - ≠VoyagesParticipatifs - ≠FranceVolontaires - ≠CharteEcovolontariat - ≠CharteEcovolontaires

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Alors, merci à tous ceux qui soutiendront ce travail d'information.

Voici le lien vers notre cagnotte en ligne

Et ici l’article qui vous en dit plus à ce sujet

Auteur : 
Jean-Pierre LAMIC

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