
À l’heure où tous les regards sont portés sur les stations de sports d’hiver, que faut-il penser du « Label » Flocon vert ?
Je vous livre ci-dessous les raisons pour lesquelles il ne figure pas dans le Guide des démarches de labellisation et chartes sérieuses et utiles, publié en 2025, et qui sera mis à jour pour 2026.
1 - Lorsqu’on vit, comme moi, depuis 40 ans, au cœur des plus grandes stations de ski au monde, au pied de celle qui vend le plus de forfaits de ski sur la planète, il est difficile de me tromper sur les réels engagements des stations de sports d’hiver en matière de tourisme responsable, et encore plus si un « Label » utilise la terminologie « Durable », ce qui est le cas ici…
En effet, rien de ce qui existe dans ce milieu qui est celui au sein duquel j’ai travaillé depuis tout ce temps ne peut être sérieusement qualifié de durable !
2 – Lorsque l’on consulte la liste des 30 stations aujourd’hui « Labellisées » par Flocon vert, et qu’on y trouve la plupart de ces méga-stations de ski, ayant misé depuis plus de 60 ans sur le tout ski, fait symbolisé par la devise affichée par Tignes durant des décennies « Skiez 365 jours / an » - publicité ayant largement contribué à la disparition progressive de son glacier - quelle crédibilité peut-on y accorder ?
3 – Quand on consulte le cahier des charges détaillant les 20 critères, et qu’on compare ses engagements avec ce que l’on rencontre sur le terrain, il y a vraiment de quoi s’interroger à propos du processus qui a permis de valider la plupart de ces derniers !
Pourtant, sur le papier, le Comité de labellisation pourrait paraitre sérieux et compétent, pour être composé de : L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), l’Université Savoie Mont-Blanc, Atout France, et l’association pompeusement intitulée Acteurs du Tourisme Durable (ATD).
4 -Ce Cahier des charges présente 20 critères répartis au sein des quatre catégories suivantes, comprenant chacune cinq critères et leurs indicateurs :
- GOUVERNANCE et RESILIENCE de la destination
- ECONOMIE DURABLE : viable, locale et équitable
- Dynamiques SOCIALES & CULTURELLES
- Gestion des RESSOURCE
La confrontation entre les promesses contenues dans le document intitulé « Cahier des charges », et les réalités de terrain, observables par quiconque, montre ce qui suit :

Promesses / réalités :
Critère 1 :
Promesse : Les acteurs en charge de l’aménagement du domaine skiable et de l’exploitation des remontées mécaniques font preuve d’une démarche de qualité et de durabilité qui visent la réduction de leurs impacts environnementaux et la responsabilité sociétale.
Réalité : De nombreuses stations labellisées ont octroyé des « Délégations de services publics à des sociétés privées. Pour lesquelles le principal critère est celui de la rentabilité.
Critère 2 :
La destination encourage la participation des citoyens.
Réalité :
En tant qu’acteur de terrain : Moniteur de ski et accompagnateur en montagne, ayant travaillé dans plusieurs stations de Vanoise et Haute Tarentaise aujourd’hui labellisées, durant 40 ans et jusqu’à ce jour, je n’ai jamais été contacté dans le cadre d’une éventuelle participation en lien avec les gestionnaires desdites stations.
Pire, la plupart des préconisations que j’ai pu effectuer, ont été dévoyées, reprises et déformées par ces gestionnaires, comme par exemple la création d’un écomusée à Tignes, ou l’organisation du balisage des sentiers pédestres à Sainte-Foy-Tarentaise.
Critère 3 :
La destination soutient matériellement et/ou financièrement les associations et les porteurs de projets durables/solidaires sur le territoire. Les associations disposent d’un lieu pour se réunir.
Réalité :
Je dirige deux associations d’envergure nationale et internationale : V.V.E et l’ANEST, respectivement, depuis 19 ans et 5 ans.
La première étant implantée en Vanoise depuis son origine, la seconde ayant pour dirigeants : Président et vice-président, des accompagnateurs en montagne travaillant en Vanoise.
L’un de ses membres fondateurs est une Fondation réputée, dont le siège social se trouve à Chambéry, très active sur le terrain en Vanoise également.
Aucun intérêt, ni contact ne nous a été transmis, alors que nous représentons les principaux acteurs de l’écotourisme au niveau national, et que les deux associations ne vivent que des adhésions de leurs adhérents, ce qui limite leurs possibilités d’actions…
Elles ne disposent d’aucun lieu pour réunir ses membres ou organiser des événements.

Critère 3 :
La destination veille et œuvre à un aménagement durable et inclusif du territoire. Elle ménage son territoire en préservant la qualité des milieux naturels et des paysages.
Réalité :
Depuis les JO de 1992, sept des stations ou destinations de Tarentaise labellisées, se sont livrées à une industrialisation menée à marche forcée avec : Le reprofilage et l’aplanissement des pistes de ski, l’augmentation du débit des remontées mécaniques et des offres immobilières constituées quasi exclusivement de résidences de luxe, la prolifération des enneigeurs artificiels, et le captage d’eau afférent.
Critère 3 – indicateur 3
L’impact paysager des nouvelles installations est réduit au maximum
L’aménagement veille à protéger au maximum la biodiversité (câbles/zones de
nidification/reproduction).
Réalité :
- La construction du Vanoise Express reliant deux stations labellisées a gravement défiguré la vallée séparant ces dernières
- L’installation de tapis roulants, et de réserves collinaires (Méga-bassines) jusqu’à haute altitude, a un impact majeur sur les paysages, comme aux Arcs.
- Le récent remplacement du Transarc aux Arcs a permis l’installation :
- De lumières au somment de chaque pylône, occasionnant un dérangement notoire à la faune
- D’un bâtiment construit à plus de 2 500m d’altitude, détruisant une partie de la flore rare (Parmi laquelle figuraient des édelweiss), avec une emprise au sol d’environ 300 m2… *
- La plupart des gypaètes barbus et rapaces tués dans le secteur situé entre plusieurs stations labellisées sont morts en se prenant dans des câbles.
Critère 4 ;
La destination met en œuvre des aménagements et des animations pour favoriser les co-mobilités et les mobilités actives pour accéder à la station et s’y déplacer.
La destination est desservie par un réseau de transport en commun régulier et fiable
Réalité :
3 500 voitures / jour effectuent le trajet Bourg Saint Maurice – Tignes ou Val d’Isère, par manque – depuis toujours – d’un service public de bus accessible aux saisonniers ne pouvant se loger en station eu égard au cout de l’immobilier.
Critère 5 :
Les acteurs (élus, employés Mairie – OT – Domaine skiable, acteurs économiques, grand public, enfants) de la destination sont sensibilisés et formés aux enjeux des changements climatiques en montagne ou accompagné par des experts dans ce domaine.
Réalité :
Plusieurs stations labellisées se trouvent sur une, ou plusieurs des communes, implantée(s) sur le territoire du Parc National de la Vanoise.
Or, Sur les 29 communes concernées, seules deux ont signé la charte dudit parc, quittant ainsi cette entité (Volonté politique) en 2015.

Critère 6 :
La production de neige de culture est encadrée. Pour limiter sa dépendance à l’enneigement, la destination s’efforce de diversifier la palette des activités proposées aux touristes hivernaux
Sur le territoire de la destination, certains commerces sont maintenus ouverts à l’année
La destination déploie des ressources pour inciter à la location des logements vacants
Réalité :
Ce sont des acteurs privés : accompagnateurs en montagne, guides, mushers, etc., qui proposent des activités alternatives au ski.
Ils doivent payer la diffusion d’un encart ou de brochures aux OGD en charge de la communication des stations.
Ils ne disposent d’aucune aide, ni attention, relatives à leur hébergement.
La plupart des stations d’altitude ne vivent que durant les 4 mois d’hiver, et pour certaines, partiellement, les 2 mois d’été.
La majorité des commerces sont fermés hors saison.
En Tarentaise, il existe 70 % de lits froids, soit des hébergements vacants a minima 7 mois sur 12.
Critère 6 – Indicateur 4 :
La destination promeut des offres écotouristiques, par exemple des packs regroupant des offres de transport/logement/restauration/activités cohérentes du point de vue de la durabilité ou de l’engagement des prestataires
Réalité :
Pour cela les acteurs doivent payer une cotisation annuelle, souvent peu accessible à leur budget, ou ne générant que peu de retours sur investissement.
Ci-dessous logement d'un saisonnier.

Critère 8 :
Les conditions de travail dans les différentes structures de la destination sont équitables pour les employés locaux comme pour les travailleurs saisonniers : Possibilités de formation, sécurité au travail, qualité de vie et rémunération équitable
L’accueil des saisonniers est assuré (conseils et informations sur les questions sociales, environnementales et de santé).
Réalité :
Sur la base de cet unique critère, aucune station ne devrait être labellisée…
La condition des saisonniers, n’étant ni acceptable, ni équitables quant à leurs rémunérations et droits (Retraites, chômage, etc.).
Ce critère 8 est constitué d’un blabla déconnecté des réalités de terrain vécues par les employés et saisonniers.
Pour ma part, j’ai derrière moi 25 saisons hivernales et 40 estivales en Camping-car, et 16 saisons hivernales en camping-car…
Critère 9 :
La destination soutient et valorise la diversification des activités économiques locales.
Elle encourage le développement d’une économie innovante, durable, sociale et solidaire.
Réalité :
La plupart des acteurs de terrain proposant des activités alternatives, ne reçoivent aucun soutien, ni des gestionnaires des stations, ni des élus.
Les autres indicateurs du critère 9 représentent des souhaits non assortis de moyens, non pourvus d’une gouvernance adaptée…
Critère 11 :
La destination œuvre activement à accroître l’attractivité résidentielle et le confort de vie de ses (divers) habitants
Réalité :
Encore un vœu pieux…, non assorti de mesures, dans un environnement souvent dégradé, avec des coûts du logement et d’accès à la propriété inaccessibles aux employés.
Indicateur 11.2 : Services médicaux et paramédicaux
L’accès aux soins est un problème majeur : Médecins accaparés par l’accueil des blessés durant les saisons, refus d’accepter de nouveaux patients, éloignement des hôpitaux, et des divers spécialistes, durée d’attente pour des rendez-vous excédant souvent 6 mois, etc.
Nombreux déplacements, longs, lourds, et onéreux, en cas de problème(s) de santé important(s).
Image ci-dessous ; Dégradation des sols et des paysages.

Critère 16 :
La destination est mobilisée autour de la problématique des sols. Elle a formalisé une stratégie et un plan d'action pour minimiser l'artificialisation et la pollution de ses sols et met en œuvre des actions concrètes pour les protéger et les ménager
Réalité :
Aucune des 7 stations de Tarentaise labellisées ne peut prétendre respecter ce critère dans son ensemble…
Il ne devrait pas permettre leur labellisation.
Critère17 :
Dédié à l’énergie :
Réalité :
Ubuesque !
Critère 18 :
La destination protège et favorise la biodiversité locale
Réalité :
C’est souvent tout l’inverse…
Critère 19 :
Dédié à la gestion de l’eau
Réalité :
Ubuesque
Conclusion
Vous l’avez compris, ce Label représente une démarche que je qualifie de « Label de complaisance », c’est-à-dire, un processus et une reconnaissance qui satisfont les gestionnaires et les élus (Qui financent depuis longtemps l’Association porteuse de ce label), et n’aident en rien un visiteur à la recherche d’une destination éco-responsable…
Et par conséquent, absolument rien ne permettait de considérer ce « Label » comme étant sérieux et utile…
Pire, ces démarches leur apportent confusion, informations trompeuses, et les écartent des stations ou destinations qui n’ont ni l’envie, ni les moyens de postuler à de telles démarches de labellisation…
Cependant ce label n’est pas un cas unique…
En revanche, trouver, au sein du Comité de labellisation, l’ADEME et l’Association Acteurs du Tourisme Durable pose de véritables questions…
Notamment sur le rôle de cet organisme d’État, l’utilisation des financements qui lui sont alloués, et à propos de ce qui s’apparente à du favoritisme envers des Associations de droit privé, avec certains de leurs dirigeants qui en retirent des bénéfices, notamment en fournissant des missions de consulting…

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